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Peinture et dithyrambe
Jean-Clarence Lambert, fevrier 1962
(extrait de Mercure de France n.1182)

 

Ayant décidé d'écrire sur le peintre Gianni Bertini, je me surprends une indécision très semblable à celle dont Lautréamont donne l'exemple au seuil du Quatrième  Chant de Maldoror: “C'est un homme, ou une pierre ou un arbre qui va commencer”. De même, je ressens qu'une peinture comme celle de Gianni Bertini échappe à toutes les catégories, et que la situer ailleurs que dans le mouvement dont elle procède et qu'elle mène à un épanouissement éclatant, serait la trahir assurément. Elle est passage d'un règne à l'autre, l'œuvre d'une subjectivité humaine, certes, mais aussi une chose douée d'évidence, comme une pierre; et qui impose ses propres lois de développement, comme un organisme vivant, un arbre...
Peindre devient un acte passionnel, un assaut amoureux. Il est évident qu'ici domine le principe de plaisir et son arroi prodigue. On ne s'étonnera donc pas que les toiles de Bertini évoques surtout des interruptions violentes, des accidents, des orages éclatés: qu'elles soient bruit et fureur! On sait tout ce que le plaisir, Seigneur de l'Anarchie, accumule de joie destructrice, comment il est «allégresse des naufrages», discorde, révolte, exaspération enfin!.. Une peinture comme celle de Bertini est d'inspiration nettement dyonisiaque: on la placera sous l'invocation de Zarathoustra le Danseur.
Un  dithyrambe visuel: elle l'est par ses excès, son impatience des limites. Elle instaure le désordre comme un défi, elle est irruption d'une liberté humaine, proche encore de ses sources obscures, dans le cœur même de la nécessité naturelle qu'elle bouleversera.
Elle est jeu, aussi. Jeu sans morale, jeu luxueux, aristocratique...
Car Bertini, même recourant au chaos, n'est jamais un primitif, ni brutal: son instinct, pour se déployer, requiert toute une mise in scène, un éclairage savamment réglé. Sienne et l'Ecole siennoise lui en auront fourni l'exemple. Simone Martini, peut-être, qui inscrivit toute une hagiographie, la plus humble et la plus délicate, sur fond d'or – l'or, à la fois le plus commun des  matériaux dans cette Sienne fabuleuse, et le plus digne de célébrer la gloire des saints et des apôtres...
De même, en 1961, Bertini prend ses inquiétants apocalypses: mépris et rédemption de ce que notre univers quotidien secrète de plus vil et de plus glorieux...





par Gérard Xuriguera (1989)

Aussi loin que s'aventure le regard, de la période lunaire à la période informelle, du Mec-art à la narration éclatée, jusqu'à l'écriture de synthèse, jamais l'œuvre de Gianni Bertini ne se dérobe à l'emprise du réel vécu ou fantasmé qui fonde la trame de ses métamorphoses. Et même à l'époque cosmique, annonciatrice d'une étape de pure gestualité correspondant à la décennie cinquante, la structure de la forme, coulée autour d'un centre noueux qui en dispense l'énergie, sécrète une étrange symbolique mécanique dont les axes portants marqueront les jalons de sa trajectoire.
Péremptoire, le geste de Bertini scande violemment le support, brassant dans sa course un cortège de déflagrations, de ramifications et de méta-signes inséparables de sa manière, qui contiennent déjà la signalétique écrite ou chiffrée de son vocabulaire de base.
Alors, avec le passage par la Mec-art et ses photos-montages comme instrument privilégié de communication de masse, se forge peu à peu une véritable poétique de la machine, frappée d'un humour incisif et d'une critique sociale non moins corrosive, qui pourfendent les mythes du quotidien.
Cette évolution thématique sans rupture, est obtenue par superposition d'images fragmentées, introduction de collages, qui, en confrontant le plus souvent l'humain au mécanique, créent des situations conflictuelles et à la fois plusieurs hypothèses de lecture, comme dans un puzzle. Erotisme et idéologie, réalisme et imaginaire, nature et culture, se côtoient et s'amalgament ici dans un détournement de la référence première, en racontant des histoires en raccourci.
L'usage séditieux d'un appareillage mécanique englobant dans ses mailles effrangées une moto lancée à pleine vitesse et des « pin-up » sophistiquées, n'égare un instant la rétine que pour la rejoindre dans une logique empirique du réel, où le mouvement est le pivot de chaque composition. Car la dynamique de la touche, frémissante ou concentrée, distillée par d'épais cernes noirs en demi-cercle  ou brisée dans sa respiration, détermine le flux de ces images manipulées de l'intérieur et de l'extérieur. Parallèlement, qu'on soit tenté d'y voir des incidents surréalistes, eu égard à l'incongruité des représentations et au péril onirique qu'elles peuvent sous-tendre, ne saurait effacer le poids de réalité critique dont cet art est pétri. Un art chargé de dérision, d'associations d'idées sulfureuses, mais qui est essentiellement un acte pictural.
De peinture et de concepts bertinens bien sûr, mais également de lettres et de chiffres disposés à dessein dans le tableau, qui en fortifient les pouvoirs et en soulignent le refus.
Ainsi apparaît le démarche impénitente de Gianni Bertini, provocante, ambiguë, et qui n'en finit pas de brouiller les voies pour mieux nous dérouter.